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LE CYCLE INFERNAL(Suite)


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2 PREPARATION DE LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE

 

En 1919, les fils de Loyola recueillaient les fruits amers de leur politique criminelle. La France n'avait pas succombé à la « bonne saignée ». L'empire apostolique des Habsbourg, qu'ils avaient poussé à « châtier les Serbes », s'était désintégré, libérant ainsi les Slaves orthodoxes du joug de Rome. La Russie, bien loin de rentrer au giron de l'Eglise romaine, était devenue marxiste, anticléricale et officiellement athée. Quant à l'invincible Allemagne, pièce maîtresse de la grande machination, elle sombrait dans le chaos.

Mais il n'est pas dans la nature de l'orgueilleuse Compagnie de faire son « mea culpa ». Quand Benoît XV meurt, en 1922, elle est prête à recommencer sur de nouvelles bases. N'est-elle pas toute-puissante à Rome ?

Ecoutons M. Pierre Dominique

« Sur l'instant, le nouveau pape Pie XI court au plus pressé. On le dit Jésuite. C'est à un Jésuite, le Père d'Herbigny, qu'il confie la mission d'aller en Russie, de tâcher de rallier ce qu'il peut rester là-bas de catholicité et, surtout, de voir ce qu'on pourrait faire. Vague et grand espoir . rallier au pontife le monde orthodoxe persécuté.

« Il y a dans Rome trente-neuf collèges ecclésiastiques dont la fondation marque la date des grandes contre-offensives qui, pour la plupart, sont jésuitiques d'allure et de commandement. Collège germanique (1552) anglais (1578) irlandais (1628, refondu en 1826) écossais (1600) nord-américain (1859) ; canadien (1888) ; éthiopien (1919, reconstitué en 1930).

« Pie XI fonde le collège russe (Ponteficio collegio russo di S. Teresa del Bambino Gesù) et le confie à la Compagnie de Jésus. Elle aura aussi l'Institut oriental, l'Institut de Saint-Jean Damascène, le Collège polonais, plus tard le Collège lithuanien. Souvenirs du Père Possevino, d'Ivan le Terrible, du faux Dimitri ? Le second des trois grands objectifs du temps d'Ignace passe au premier plan. Les Jésuites, une fois de plus, sont, dans cette grande entreprise, des inspirateurs et des exécutants ». (19)

 

Dans la défaite qu'ils viennent d'essuyer, les fils de Loyola voient briller une lueur d'espoir. La Révolution russe, en supprimant le Tsar, protecteur de l'Eglise orthodoxe, n'a-t-elle pas décapité la grande concurrente et facilité la pénétration de l'Eglise romaine ? Il faut sauter sur l'occasion. Et c'est la création du fameux «Russicum », dont les missionnaires clandestins iront porter la bonne parole en cette terre schismatique (19 bis). Un siècle après leur expulsion par le tsar Alexandre 1er, les Jésuites vont reprendre la conquête du monde slave. Leur général, depuis 1915, se nomme Halke von Ledochowski.

 

M. Pierre Dominique poursuit ainsi:

« Dira-t-on que je les vois partout ? Je suis bien obligé de signaler leur présence, leur action. De dire qu'ils étaient derrière la monarchie d'Alphonse XIII dont le confesseur était le Père Lopez, que, la monarchie espagnole à bas, leurs couvents et leurs collèges incendiés, ils se retrouvent derrière Gil Robles, puis, la guerre civile survenue, derrière Franco. Au Portugal, ils soutiennent Salazar. En Autriche et en Hongrie, l'empereur Charles, balayé trois fois, (quel rôle ont-ils joué dans ces tentatives pour remonter sur le trône de Hongrie ?) ils tiennent la place chaude et ils ne savent trop qui ou quoi. Mgr Seipel, Dolfuss, Schussnigg sont des leurs. Ils rêvent un instant d'une grande Allemagne à majorité catholique dont les Autrichiens feraient nécessairement partie, formule moderne de la vieille alliance du XVI' siècle entre les Wittelsbach et les Habsbourg. En Italie, ils soutiennent d'abord don Sturzo, le fondateur du parti populaire, puis Mussolini ... Le Père jésuite Tacchi Venturi, secrétaire général de la Compagnie, sert d'intermédiaire entre Pie XI dont les confesseurs sont le Père Alissiardi et le Père Celebrano (Jésuites), et Mussolini.

«Le pape, en février 1929, à l'instant du traité du Latran appelle Mussolini « l'homme que la Providence nous a fait rencontrer ». Rome ne condamne pas ce que la S.D.N. appelle « l'agression éthiopienne » et, en 1940, le Vatican est encore le cordial ami de Mussolini.

« La papauté, depuis Mussolini, a son coin de terre libre de toute surveillance, entièrement dégagé des prises du temporel... C'est, avec Moscou, l'observatoire le plus beau du monde parce que le plus nourri de renseignements et le mieux protégé contre les fuites.

« Les Jésuites y ont leur coin secret. De là, ils considèrent l'Eglise universelle de l'oeil froid du politique ». (20)

 

C'est un parfait résumé de l'action jésuitique entre les deux guerres mondiales. Le « coin secret » des fils de Loyola constitue le cerveau politique du Vatican. Les confesseurs de Pie XI sont Jésuites ; ceux de son successeur Pie XII le seront aussi et, de plus, allemands. Peu importera, alors, que la trame devienne visible tout sera prêt pour la revanche, à ce qu'il semblera.

 

Mais sous le pontificat de Pie XI, c'est la période préparatoire. Le « bras séculier » germanique, vaincu, a laissé choir le glaive. En attendant qu'on puisse le lui remettre dans la main, on va préparer en Europe un terrain favorable à ses futurs exploits, et d'abord arrêter la poussée démocratique menaçante.

L'Italie sera le premier champ d'action. Il y a là un chef socialiste tumultueux qui groupe autour de lui les anciens combattants. L'homme professe une doctrine apparemment intransigeante, mais il est ambitieux et assez lucide pour mesurer la faiblesse de sa position, en dépit de ses rodomontades.

La diplomatie jésuitique aura tôt fait de le gagner à ses projets.

 

Ecoutons M. François Charles-Roux, de l'Institut, à cette époque notre ambassadeur auprès du Vatican :

« Alors que le futur Duce n'était encore que simple député, le cardinal Gasparri, secrétaire d'Etat, avait eu avec lui une entrevue secrète.. Le chef fasciste s'était d'emblée montré disposé à reconnaître au pape une souveraineté temporelle sur une parcelle de Rome...

« A ces mots, concluait le cardinal Gasparri en me rapportant ce dialogue, à ces mots je compris qu'avec cet homme-là, s'il arrivait au pouvoir, l'on pourrait aboutir ».

« Je passe sur ce qu'il rapportait de la négociation entre mandataires secrets de Pie XI et de Mussolini... ». (21)

 

Ces mandataires secrets, dont le principal était le Père jésuite Tacchi Venturi, remplirent fort bien leur mission. Et l'on ne peut s'en étonner puisque le Père Tacchi Venturi était à la fois secrétaire de la Compagnie de Jésus et confesseur de Mussolini. Au reste, il ne laissait pas d'être dirigé, dans cette « captation » du chef fasciste, par le général de son Ordre, le T.R.P. Halke von Ledochowski, comme l'a montré M. Gaston Gaillard. (22)

« Le 16 novembre 1922, la Chambre devait accorder sa confiance à Mussolini, par 306 voix contre 116, et à cette séance l'on devait voir le groupe catholique (de don Sturzo), soit disant démocrate-chrétien, voter à l'unanimité pour le premier gouvernement fasciste ». (23)

 

Dix ans plus tard, la même manoeuvre amenait en Allemagne le même résultat. Le « Zentrum » catholique de Mgr Kass assurait par son vote massif la dictature du nazisme.

En somme, en 1922, l'Italie avait servi de banc d'essai pour la nouvelle formule de conservatisme autoritaire : le fascisme, plus ou moins paré, selon les opportunités locales, d'un pseudo-socialisme. Désormais, tous les efforts des Jésuites du Vatican vont tendre à répandre en Europe cette « doctrine », dont l'ambiguïté porte si bien leur marque.

 

Aujourd'hui même, ni l'écroulement du régime mussolinien, ni la défaite, ni les ruines, n'ont suffi à discréditer aux yeux des démocrates chrétiens d'Italie le dictateur mégalomane que le Vatican sut imposer à leur pays. Renié du bout des lèvres, il a gardé tout son prestige au fond des âmes cléricales. Ainsi a-t-on pu lire dans la presse l'information suivante .

«C'est décidé : les visiteurs qui viendront assister aux Jeux Olympiques de Rome, en 1960, verront l'obélisque de marbre élevé par Benito Mussolini à sa propre gloire dominer, des bords du Tibre, le stade olympique.

« Ce mémorial de trente-trois mètres de haut porte l'inscription « Mussolini-Dux » et s'orne de mosaïques et d'inscriptions célébrant le fascisme. La phrase Longue vie au Duce » s'y étale plus de cent fois et le slogan « Beaucoup d'ennemis signifie beaucoup d'honneur » s'y répète à plusieurs reprises. Le monument est flanqué de part et d'autre par des blocs de marbre commémorant les principaux événements du fascisme, à partir de la fondation du journal « Popolo d'Italia », par Mussolini, jusqu'à l'établissement de l'éphémère empire fasciste, en passant par la guerre d'Éthiopie. L'obélisque devait être couronné d'une gigantesque statue de Mussolini en athlète nu, de près de cent mètres de haut. Mais le régime s'effondra avant que cet étrange projet ait pu être réalisé.

« Au bout d'un an de controverse, le gouvernement « Segni vient de décider que l'obélisque du duce resterait sur place. » (24)

 

Peu importent la guerre, le sang répandu à torrents, les larmes et les ruines. Ce ne sont que vétilles, petites taches sur le monument élevé à la gloire de « l'homme que la providence nous a fait rencontrer », comme le désignait Pie XI.

Ni fautes, ni erreurs, ni crimes ne peuvent effacer son mérite essentiel : celui d'avoir rétabli le pouvoir temporel du pape, proclamé religion d'Etat le catholicisme romain et donné au clergé, par des lois toujours en vigueur, la haute main sur la vie nationale.

C'est pour en témoigner aux yeux admiratifs, ou ironiques des visiteurs étrangers, que l'obélisque mussolinien doit continuer de se dresser au coeur de Rome - en espérant des temps meilleurs qui permettraient d'y ériger l' « athlète nu » de cent mètres de haut, champion symbolique du Vatican.

 

Le traité du Latran, par lequel Mussolini payait sa dette de reconnaissance à la papauté, reconnaissait au Saint-Siège, outre le versement de 1 milliard 750 millions de lires, la souveraineté temporelle sur le territoire de la Cité du Vatican. Mgr Cristiani, prélat de Sa Sainteté, s'exprime en ces termes sur la portée de cet événement :

« Il est clair que la Constitution de la Cité du Vatican revêtait une importance de premier ordre pour établir la condition de la papauté en tant que puissance politique ». (25)

 

Ne nous attardons pas à rechercher comment cet aveu formel peut se concilier avec l'affirmation tant de fois répétée que « l'Eglise romaine ne fait pas de politique ». Remarquons seulement la position unique dans le monde, d'un Etat de nature équivoque, à la fois profane et sacrée, et les conséquences qui en découlent.

 

Par quel artifice jésuitique, cette puissance arguant tantôt de son caractère temporel, tantôt de son caractère spirituel, selon ses intérêts, échappe-t-elle en fait à toutes les contraintes et à toutes les règles reconnues par le droit international ?

Les nations se sont pourtant prêtées à cette duperie et, ce faisant, ont introduit de leurs propres mains dans leur sein le cheval de Troie du cléricalisme.

« On avait un peu trop l'impression que le pape s'identifiait avec les dictateurs » (26) a écrit M. François Charles-Roux, ambassadeur de France auprès du Vatican. Mais pouvait-il en être autrement, alors que le Saint-Siège lui-même avait hissé ces hommes au pouvoir ?

 

Mussolini, le prototype, n'avait fait qu'inaugurer la série de ces personnages « providentiels », de ces porte-glaives qui allaient reprendre la partie perdue en 1918. D'Italie, où il a si bien réussi, par les soins du Père jésuite Tacchi Venturi et de ses acolytes, le fascisme va être exporté sans retard en Allemagne. « Hitler reçoit son impulsion de Mussolini ; l'idéal des nazis n'est qu'un idéal italianisant... Depuis que Mussolini est au pouvoir, toutes les sympathies sont pour Berlin... En 1923, son fascisme fusionne avec le national-socialisme ; et il lie amitié avec Hitler à qui il fournit armes et argent ». (27)

 

A cette époque, Mgr Pacelli, futur Pie XII, et, pour l'heure, le meilleur diplomate de la Curie, est nonce à Munich, capitale de la catholique Bavière, et c'est là que commence à monter l'étoile du futur dictateur allemand, catholique lui-même, ainsi que ses principaux partisans. De ce pays, berceau du nazisme, M. Maurice Laporte nous dit : « Ses deux ennemis s'appellent le protestantisme et la démocratie ».

Aussi comprend-on l'inquiétude de la Prusse à son endroit:

« Mais on devine aussi de quelles tendresses spéciales le Vatican couve cette Bavière où le national-socialisme d'Hitler recrute ses plus forts contingents ». (28)

 

Enlever à la Prusse « hérétique » la direction du « bras séculier » allemand, la transmettre à la Bavière catholique, quel beau rêve ! Mgr Pacelli s'emploie à le réaliser, de concert avec le chef de la Compagnie de Jésus.

« Au lendemain de l'autre guerre (1914-1918), le général des Jésuites, Halke von Ledochowski, avait conçu un vaste plan... pour la création, avec ou sans empereur Habsbourg, d'une fédération des nations catholiques de l'Europe centrale et orientale : Autriche, Slovaquie, Bohême, Pologne, Hongrie, Croatie, et aussi, et c'est capital, la Bavière.

« Ce nouvel Empire central devait lutter sur deux fronts : à l'Est contre l'Union soviétique, à l'Ouest contre la Prusse et la Grande-Bretagne protestante et contre la France républicaine et laïque. A cette époque, Mgr Pacelli, futur Pie XII, était nonce à Munich, puis à Berlin, et intime du cardinal Faulhaber, principal collaborateur de von Ledochowski. Le plan Ledochowski a été le rêve de jeunesse de Pie XII ». (29)

Mais n'y eut-il là qu'un rêve de jeunesse ? La Mittel-Europa qu'Hitler tenta de constituer ne différait guère de ce plan, sinon par la présence dans ce bloc de la Prusse luthérienne, minorité peu dangereuse, et par les « zones d'influence » reconnues - provisoirement peut-être - à l'Italie. En somme, c'était bien le plan Ledochowski, adapté aux nécessités du moment, que le futur Führer allait s'efforcer de réaliser, sous le haut patronnage du Saint-Siège, avec le concours de Franz von Papen, camérier secret du pape, et du nonce à Munich, puis à Berlin, Mgr Pacelli.

M. François Charles-Roux écrit d'ailleurs:

« Il n'est pas, à l'époque contemporaine, de période où le facteur catholique ait joué un plus grand rôle, dans la politique mondiale, que pendant le ministère du cardinal Pacelli » (30)

Nous lisons encore sous la plume de M. Joseph Rovan :

« La Bavière catholique... va maintenant accueillir et protéger tous les semeurs de trouble, tous les ligueurs, tous les assassins de la Sainte-Vehme ». (31)

 

Parmi ces agitateurs, le choix des « régénérateurs » de l'Allemagne se portera bientôt sur Hitler, destiné, à triompher des « erreurs démocratiques » sous le gonfalon du Saint-Père. Il va de soi que c'est un catholique, comme ses principaux collaborateurs.

« Aussi bien le régime naziste représente-t-il un retour au pouvoir de l'Allemagne méridionale. Les noms de ses chefs et leurs origines le démontrent . Hitler est spécifiquement autrichien, Goering est bavarois, Goebbels rhénan, et ainsi de suite ». (32)

 

En 1924, le Saint-Siège signe un Concordat avec la Bavière. En 1927, on peut lire dans « La Gazette de Cologne » -

« Pie XI est certainement le plus allemand des papes qui ait trôné sur le siège de Saint-Pierre ».

 

Son successeur Pie XII lui ravira cependant cette palme. Mais, pour l'heure, il poursuit sa carrière diplomatique - ou, pour mieux dire, politique - dans cette Allemagne pour laquelle, devait-il confier plus tard à Ribbentrop, « son coeur battrait toujours ».

Promu nonce à Berlin, il travaille, avec Franz von Papen à détruire la République de Weimar. Le 20 juillet 1932, l'état de siège est proclamé à Berlin, et les ministres expulsés « manu militari ». C'est la première étape vers la dictature hitlérienne. On prépare de nouvelles élections qui doivent consacrer le succès des nazis.

« Avec l'approbation d'Hitler, Goering et Strasser entrèrent en conversation avec Mgr Kaas, chef du parti du Centre catholique ». (33)

Le cardinal Bertram, archevêque de Breslau et primat d'Allemagne, peut bien déclarer : « Nous, chrétiens et catholiques, lie reconnaissons pas de religion de race... ». Il peut bien, avec maints autres évêques, mettre en garde les fidèles contre l'idéal « païen des nazis ». Ce prélat, évidemment, n'entendait rien à la politique papale. On le lui fit bien voir.

 

Relisons l'excellente étude parue dans le « Mercure de France » en 1934 :

« Au début de l'année 1932, les catholiques allemands lie considéraient nullement la partie comme perdue, mais an printemps, on put remarquer chez leurs chefs un certain flottement : c'est qu'on leur avait fait savoir que «le pape était personnellement favorable à Hitler ».

« Que Pie XI éprouvât de la sympathie pour Hitler voilà qui ne doit pas nous surprendre... Pour lui, l'Europe ne peut retrouver son équilibre que dans l'hégémonie de l'Allemagne... Au Vatican, on avait, pendant longtemps, pensé, en effet, à changer le centre de gravité du Reich grâce à l'Anschluss : la Compagnie de Jésus travaillait ouvertement dans ce sens (plan Ledochowski), surtout en Autriche. Or, l'on sait à quel point Pie XI compte sur elle pour faire triompher ce qu'il appelle « sa politique ». Ce qu'on voulait empêcher, c'était l'hégémonie de la Prusse protestante et, puisque l'on comptait sur le Reich pour dominer l'Europe... ou cherchait à reconstituer un Reich où les catholiques fussent les maîtres...

« Dès mars 1933, réunis à Fulda, les évêques allemands profitèrent du discours de Hitler à Potsdam pour déclarer qu'il fallait « reconnaître que le plus haut représentant du gouvernement du Reich, qui est en même temps le chef autoritaire du mouvement national-socialiste, a fait des déclarations publiques et solennelles qui tiennent compte de l'inviolabilité (de la doctrine catholique, ainsi que de l'oeuvre et des droits immuables de l'Eglise...

« Von Papen part pour Rome. Cet homme au passé si lourd, transformé. en pieux pèlerin, est chargé, de conclure un Concordat (pour toute l'Allemagne) avec le pape. Lui aussi devra se conformer en tous points a la conduite de Mussolini (34).

 

En effet, le scénario ne varie pas. En Italie, le parti catholique de don Sturzo assure par son vote l'accession au pouvoir de Mussolini ; en Allemagne, c'est le « Zentrum » de Mgr Kaas qui remplit le même office pour Hitler - et chaque fois un Concordat scelle le pacte.

 

M. Joseph Rovan le constate en ces termes :

« Grâce à von Papen, député du « Zentrum » depuis 1920 et propriétaire du journal officiel du parti, la « Germania », le 30 janvier 1933 Hitler accédait au pouvoir...

« Le catholicisme politique allemand, au lieu de devenir démocratie chrétienne, sera inéluctablement amené le 26 mars 1933 à voter les pleins pouvoirs à Hitler... Pour le vote des pleins pouvoirs, une majorité des deux tiers était nécessaire et les voix du « Zentrum » constituaient un appoint indispensable » (35).

Le même auteur ajoute d'ailleurs plus loin:

« Sans cesse dans la correspondance et dans les déclarations des dignitaires ecclésiastiques nous trouverons, sous le régime nazi. l'adhésion fervente des évêques ». (36)

 

On s'explique cette ferveur, quand on lit sous la plume de von Papen que : « Les termes généraux du Concordat étaient plus favorables que ceux de toutes les conventions similaires signées par le Vatican », et aussi : « Le chancelier Hitler me pria d'assurer au secrétaire d'Etat papal (le cardinal Pacelli) qu'il musellerait immédiatement le clan des anticléricaux » (37).

Ce n'était pas là une vaine promesse. En cette année 1933, outre les pogroms et les assassinats perpétrés par les nazis, ou comptait déjà 45 camps de concentration en Allemagne avec 40.000 détenus d'opinions politiques diverses, mais invariablement libéraux. D'ailleurs, Franz von Papen, camérier secret du pape, a parfaitement défini le sens profond de l'accord vaticano-hitlérien, dans cette formule lapidaire : « Le nazisme est une réaction chrétienne contre l'esprit de 1789 ».

En 1937, Pie XI, sous la pression de l'opinion mondiale, pourra bien « condamner » les théories racistes comme inconciliables avec la doctrine et les principes catholiques, par ce que ses apologistes appellent assez plaisamment la « terrible » encyclique « Mit brennender Sorge ». Comme l'a si bien dit Tartufe « il est avec le ciel des accommodements ». Le racisme nazi est condamné, mais non pas Hitler, son promoteur : « distinguo ». Et le Vatican se garde bien de dénoncer l' « avantageux » Concordat conclu, quatre ans auparavant, avec le Reich nazi.

Cependant que la Croix du Christ et la Croix gammée coopéraient ainsi en Allemagne, le premier poulain de ]'écurie vaticane, Benito Mussolini, se lançait dans la conquête -- trop facile -- de l'Ethiopie, avec les bénédictions du Saint-Père.

« ... Le Souverain Pontife s'était abstenu de condamner la politique de Mussolini et avait laissé au clergé italien toute latitude de coopérer avec le gouvernement fasciste... Des ecclésiastiques, depuis des curés d'humbles paroisses jusqu'à des cardinaux, prirent la parole en faveur de la guerre.

«L'un des exemples les plus frappants en fut donné par le cardinal-archevêque de Milan, Alfredo Ildefonso Schuster (Jésuite), qui alla jusqu'à appeler la campagne en question « une croisade catholique » (38).

L'Italie précisa Pie XI, estimait cette guerre, justifiée par un pressant besoin d'expansion...

« Parlant, dix jours plus tard, devant un auditoire d'anciens combattants, Pie XI exprima le souhait qu'il soit accordé satisfaction aux légitimes revendications (Fun grand et noble peuple dont, rappela-t-il, il était lui-même issu ». (39)

 

L'agression fasciste contre l'Albanie, le vendredi saint 1939, bénéficiera de la même « compréhension ». C'est que nous dit M. Camille Cianfarra : « L'occupation italienne de l'Albanie présentait pour l'Eglise bien des avantages... Sur une population d'un million (]'Albanais qui devenaient sujets italiens, 6,8 170 étaient musulmans, 20 % de religion grecque orthodoxe et 12 % seulement appartenaient a l'Eglise catholique romaine Du seul point de vue politique, par conséquent, l'annexion du pays par une puissance catholique (levait sans aucun doute y améliorer la situation de et complaire au Vatican ». (40)

 

En Espagne, l'établissement de la république n'avait pas manqué d'être ressentie comme une offense personnelle par la Curie romaine. « Je ne me suis jamais risqué à parler à Pie XI de la question espagnole, écrit NI. François Charles-Roux. Il m'aurait probablement fait sentir que les intérêts (le I'Eglise (laits le grand pays historique qu'est l'Espagne étaient affaire de la papauté exclusivement ». (41)

Aussi cette « chasse gardée » devait-elle être bientôt pourvue d'un dictateur, sur le modèle qui avait déjà fait ses preuves en Italie et en Allemagne. L'aventure du général Franco ne commença qu'à la mi-juillet 1936, mais dès le 21 mars 1934 avait été scellé le « Pacte de Rome » entre Mussolini et les chefs des partis réactionnaires d'Espagne, notamment M. Goïcoechea, chef de la « Renovacion Espaniola ». Par ce pacte, le parti fasciste italien s'engageait à fournir aux rebelles argent, matériel de guerre, armes et munitions. On sait que les promesses faites furent tenues bien au-delà de cet engagement, et que Mussolini et Hitler ne cessèrent d'alimenter la rébellion espagnole en matériel, en aviation et en effectifs de « volontaires ».

 

Quant au Vatican, insoucieux de son propre principe, selon lequel les fidèles doivent le respect au gouvernement établi, il accablait celui-ci de ses foudres.

« Le pape excommunia les chefs de la République Espagnole et déclara la « guerre spirituelle » entre le Saint-Siège et Madrid. Ce fut l'Encyclique Dilectissimi Nobis... L'archevêque Goma, nouveau primat d'Espagne, proclama la guerre civile ». (42)

 

Les prélats de Sa Sainteté prenaient allègrement leur parti des horreurs de cette lutte fratricide, et Mgr Gomara, évêque de Carthagène, traduisait à merveille leurs sentiments apostoliques, en s'écriant : « Bénis soient les canons si, dans les brèches qu'ils ouvrent, fleurit l'Evangile ».

On vit même le Vatican reconnaître « de jure « le gouvernement de Franco, le 3 août 1937, soit vingt mois avant la fin de la guerre civile.

 

La Belgique, elle aussi, était l'objet des soins de l'Action catholique organisation éminemment ultra-mondaine et jésuite, il va sans dire. Ne fallait-il pas préparer le terrain pour la prochaine invasion des armées du Führer ? Aussi, sous couleur de « rénovation spirituelle », l'évangile hitléro-fasciste y était-il assidûment prêché par Mgr Picard, jésuite en service détaché, le Père Arendt, jésuite, le Père Foucart, jésuite, etc. C'est ce dont témoigne un jeune Belge qui fut, comme bien d'autres, leur victime :

« Nous étions déjà tous, à cette époque, travaillés par une sorte de fascisme... Il faut remarquer, en effet, que les milieux d'Action catholique auxquels je participais éprouvaient de vives sympathies pour le fascisme italien... Mgr Picard proclamait sur tous les toits, le génie de Mussolini et appelait un dictateur de tous ses voeux Par des pèlerinages, l'on favorisait d'ailleurs les contacts avec l'Italie et le fascisme.

« Lorsque, avec trois cents étudiants, je me, rendis en Italie, tout le monde au retour saluait à la romaine et chantait « Giovinezza » (43).

 

Un autre témoin dit encore :

« A partir de 1928, le groupe. de Léon Degrelle devait collaborer régulièrement avec Mgr Picard... Mgr Picard confia à Léon Degrelle une mission particulièrement importante, celle de diriger une nouvelle maison d'édition installée tu secrétariat d'Action catholique. Cette maison d'édition portait un nom qui devait rapidement devenir célèbre : elle s'appelait Rex...

« Les appels à un régime nouveau se multipliaient... On observait avec beaucoup d'intérêt les résultats de cette propagande en Allemagne. Dans un article d'octobre 1933. « Vlan » rappela que les nazis n'étaient que sept en 1919, et que Hitler ne leur avait apporté quelques années plus tard, d'autre (loi (tue son talent pour 1:1 publicité Fondée sur (les principes analogues, l'équipe rexiste commença a faire une propagande active dans le pays. Ses meetings réunirent vite quelques centaines, puis des milliers d'auditeurs. » (44)

 

A vrai dire, Hitler avait apporté au national-socialisme naissant, comme Mussolini au fascisme, beaucoup plus que des dons de batteur d'estrade : le soutien de la papauté.

Leur pâle copie, Léon Degrelle, chef de « Christus Rex», bénéficiait, on le voit, de ce même soutien - mais à des fins bien différentes, puisque son rôle, à lui, était d'ouvrir son pays à l'envahisseur.

 

Ecoutons encore M. Raymond de Becker:

« Je collaborai donc à « l'Avant-Garde »... Ce journal (publié par Mgr Picard) s'efforça de désolidariser la Belgique de la politique française et anglaise. » (45)

 

On sait avec quelle rapidité, les armées allemandes eurent raison de la défense, beige, trahie par la cinquième colonne cléricale. On se souvient peut-être aussi que l'apôtre de « Christus Rex », endossant l'uniforme allemand, s'en fut, à grand renfort de publicité, « combattre sur le front de l'Est », à la tête de ses Waffen SS « tête de mort », recrutés principalement parmi les Jeunesses d'Action catholique ; puis, qu'une retraite opportune lui permit de gagner l'Espagne. Mais, auparavant, il avait donné libre cours une dernière fois à ses sentiments « patriotiques ».

M. Maurice de Béhaut écrit:

« Il y a dix ans (en 1944), le port d'Anvers, le troisième en importance du monde entier, tombait quasi intact aux mains des troupes britanniques... Ait moment précis où la population entrevoyait la fin de ses souffrances et (le ses privations, fondit sur elle la plus diabolique des inventions nazies : les bombes volantes ou V1 et V2. Ce bombardement, le plus long de l'Histoire, puisqu'il devait durer plus de six mois de nuit et de jour, fut soigneusement caché, par ordre de l'état-major allié. C'est la raison pour laquelle on ignore encore généralement aujourd'hui le martyre de la ville d'Anvers - et aussi de Liège.

« Certains avaient entendu la veille (du premier bombardement - 12 octobre 1944) à la radio de Berlin les propos inquiétants du traître rexiste Léon Degrelle : « J'ai demandé à mon Führer, clamait-il, vingt mille bombes volantes. Elles châtieront un peuple imbécile. Elles feront d'Anvers une ville sans port ou un port sans ville, je vous le promets. »

« ... Dès ce jour, le rythme du bombardement n'allait cesser de s'accentuer, et les catastrophes allaient succéder aux désastres. Cependant que le traître Léon Degrelle s'égosillait à la radio de Berlin, promettant des cataclysmes bien plus terribles encore. » (46)

 

Tel fut le dernier adieu à sa patrie de ce monstrueux produit de l'Action catholique. Elève obéissant de Mgr Picard, Jésuite, du Père Arendt, Jésuite, etc., le chef de «Christus Rex» se conforma strictement aux directives papales.

« Les hommes d'Action catholique, écrivait Pie XI, manqueraient gravement à leur devoir si, dans la mesure de leurs moyens, ils ne contribuaient à diriger la politique de leur province, de leur pays. » (47)

 

Certes, Léon Degrelle ne manqua pas à ce devoir, et le résultat - on l'a vu - fut à proportion de son zèle.

On lit encore dans l'ouvrage de M. Raymond de Becker :

« L'Action catholique avait trouvé en Belgique des hommes exceptionnels pour orchestrer ses thèmes. Le premier d'entre eux était Mgr Picard... l'autre était le chanoine Cardijn, fondateur du mouvement jociste, personnage bilieux, rageur, illuminé... » (48)

 

Ce dernier jure aujourd'hui ses grands dieux qu'il n'a jamais « ni vu ni entendu » soir coéquipier Léon Degrelle. Ainsi, ces deux leaders de l'Action catholique belge, oeuvrant tous deux sous la houlette archiépiscopale du cardinal Van Roey, ne se seraient jamais rencontrés ? Par quel miracle ? C'est ce que ne dit pas l'ex-chanoine qui, depuis, a été fait Monsignor par Pie XII et s'est vu confier la direction des mouvements jocistes du monde entier.

 

Autre miracle : Mgr Cardijn n'a pas davantage aperçu le compromettant chef de « Rex » lors de ce grand Congrès dont Degrelle parle en ces termes :

« Je me souviens du grand Congrès de la Jeunesse catholique qui eut lieu, en 1930, a Bruxelles. Je me tenais derrière Mgr Picard, qui se trouvait lui-même à côté du cardinal Van Roey. Il y avait deux heures que durait le défilé, un défilé formidable d'entrain : cent mille jeunes gens étaient passés, acclamant les ,autorités religieuses massées à la tribune... » (49)

 

Où donc se cachait alors le chef de la J.O.C., dont les troupes participaient à ce défilé gigantesque ? Avait-il été, exilé au sein des « autorités religieuses » ? Ou bien, par un décret spécial de la Providence, ces deux personnages étaient-ils condamnés à se coudoyer sans se voir, tant dans les tribunes officielles qu'au secrétariat de l'Action catholique, où ils fréquentaient assidûment ?

 

Mais Mgr Cardijn, jésuite en service détaché, ne s'en tient pas là. Il prétend encore avoir « verbalement » combattu le rexisme.

Décidément, cette Action catholique était un étrange organisme ! Non seulement les chefs respectifs de la J.O.C. et de « Rex », deux de ses principaux « mouvements », y jouaient à cache-cache dans les couloirs, mais encore l'un d'eux pouvait « combattre », à ce qu'il dit, ce que l'autre faisait avec la haute approbation de la « hiérarchie » !

Car ou ne peut le contester : Degrelle fut mis à la tête de « Rex » par Mgr Picard lui-même sous l'autorité du cardinal Van Roey et du nonce apostolique Mgr Micara. Ainsi, à en croire le créateur de la J.O.C., il aurait vivement réprouvé les agissements d'un collègue d'Action catholique, patroné comme lui-même par le primat de Belgique, - et cela sans égard pour le nonce, son « protecteur et ami vénéré », aux dires de Pie XII» (50).

L'affirmation est un peu forte. On s'en aperçoit d'autant mieux, si l'on examine de près quelle était, après l'invasion de la Belgique par Hitler l'attitude de ceux qui, comme Mgr Cardijn et consorts, répudient aujourd'hui à l'envi Degrelle et le rexisme. Dans un livre qui fut mis « sous le boisseau » lors de sa parution, le chef de « Rex » lui-même a rafraîchi les mémoires de la façon que l'on va voir, et ses dires, à notre connaissance, n'ont jamais été démentis.

« Chrétien fervent, connaissant les interpénétrations du spirituel et du temporel, je n'eusse pas voulu m'engager dans la voie de la collaboration (avec Hitler) sans avoir consulté, au préalable, les autorités religieuses de mon pays... J'avais demandé à Son Eminence le cardinal Van Roey de nie recevoir... Le cardinal me reçut aimablement, un matin, à son palais épiscopal de Malines... Il est animé par un fanatisme élémentaire, total, cyclonal... En d'autres siècles, il eût, en chantant le « Magnificat », passé les infidèles au fil de l'épée, grillée ou laissé choir dans des in-pace les brebis capricantes de son troupeau. Au XXe siècle, il ne dispose plus que de la crosse, mais il lui fait faire une fameuse besogne. Tout à ses yeux, ne présentait de réelle importance - heureuse, à soutenir ; néfaste, à broyer - que dans la mesure où cela servait ou desservait l'intérêt de l'Eglise sous ses multiples formes : oeuvres, partis, journaux, coopératives agricoles (Boerenbond), institutions bancaires, en cela qu'elles assuraient la puissance temporelle de l'institution divine....

« Et là, franchement, honnêtement, je suis sûr de ne pas déformer les propos du cardinal en disant que la collaboration lui apparaissait alors comme une ligne de conduite absolument normale, la seule même qui pût venir à l'esprit d'an être sensé. Il n'envisagea pas un seul instant, devant moi, durant tout l'entretien, qu'une autre attitude fût simplement possible. Pour le cardinal, la guerre, à l'automne de 1940, était finie. Il ne prononça même pas le nom des Anglais, n'émit même pas la supposition qu'un redressement allié fût imaginable... le cardinal ne pensait même pas qu'une autre solution que la collaboration fût, politiquement concevable... il ne trouva absolument rien à objecter - pas un mot, pas un geste - à l'exposé de mes conceptions et de mes projets... Il eût pu - il eût dû - s'il jugeait que je m'égarais politiquement, me mettre en garde, puisque j'étais venu lui demander conseil... Avant mon départ, le cardinal me donna paternellement sa bénédiction...

« D'autres catholiques que moi regardèrent, à l'automne 1940, vers la puissante tour noire de Sain-Rombaut... Nombreux furent ceux qui pénétrèrent alors au palais épiscopal, afin de consulter Mgr Van Roey ou son entourage immédiat sur la moralité, l'utilité ou la nécessité de la collaboration...

« Plus de mille bourgmestres catholiques, tous les secrétaires généraux, pourtant triés sur le volet, s'adaptèrent sans retard à l'Ordre nouveau... Imagine-t-on que tous ces braves gens, emprisonnés en très grand nombre en 1944, ou accablés d'avanies, ne s'étaient pas demandé en 1940 : Que pense Malines ? A qui fera-t-on croire que, à Malines même, ou par les évêchés, ou par leurs curés, ils n'avaient pas reçu les apaisements désirables ?

« Les huit dixièmes des collaborationnistes belges étaient des catholiques...

« A nul d'entre eux, pas plus qu'à moi, Malines ou les divers évêchés, durant ces semaines décisives par leur choix, ne donnèrent d'avis négatifs, soit écrits, soit verbaux ».

« Telle est, qu'elle plaise ou non,, la vérité toute nue. L'attitude prise par le haut clergé catholique à l'étranger ne pouvait que renforcer la conviction des fidèles que la collaboration était parfaitement compatible avec la foi.. A Vichy, les plus hauts prélats de France se faisaient photographier aux côtés du Maréchal Pétain et de Pierre Laval, après l'entrevue Pétain-Hitler. A Paris, le cardinal Baudrillart se déclarait publiquement collaborationniste.

« En Belgique même, le cardinal Van Roey admettait parfaitement qu'un des prêtres les plus célèbres de la Flandre - son plus grand intellectuel catholique -- l'abbé Verschaeve, déclarât, le 7 novembre 1940, au cours d'une séance solennelle dans l'amphithéâtre du Sénat, en présence d'un général allemand, le président Raeder :

« C'est la tâche du Conseil culturel de jeter le pont qui reliera la Flandre à l'Allemagne.... »

« Le 29 mai 1940, au lendemain de la capitulation, le cardinal Van Roey avait représenté l'invasion comme une espèce de cadeau du ciel :

« Soyons persuadés, avait-il écrit aux fidèles, que nous assistons en ce moment à une action exceptionnelle de la divine Providence qui manifeste sa puissance par des événements énormes ».

« Finalement, Hitler apparaissait presque comme l'instrument purificateur, châtiant providentiellement les Belges ». (51)

 

On connaît le refrain : chez nous, à la même époque, c'était « la défaite plus féconde qu'une victoire », comme, avant 1914, on appelait pieusement sur la France « la bonne saignée » purificatrice.

Plus loin, dans ce mémorial tombé - ou plutôt jeté - aux oubliettes, on trouve de fort intéressants détails sur le « Boerenbond, la grande machine catholico-politico financière du cardinal Van Roey. Celle-ci finançait largement la section flamande de l'Université de Louvain... ». (52)

« La société de presse « Standaard » fit tourner à plein rendement ses rotatives, publiant en relief les appels les plus collaborationnistes du V. N. V. (Vlaamsch Nationalist Verbond). L'affaire, très rapidement, roula sur l'or... Catholiques deux cents pour cent, piliers de l'Eglise en Flandre, il est fort probable que ces dirigeants (du Standaard) ne se fussent pas lancés dans la collaboration sans que le cardinal leur donnât une approbation préalable, claire et nette.

« Même remarque à propos de tout le faisceau de « presse catholique... » (53).

 

Tous ces efforts ne tendaient à rien de moins qu'au démembrement de la Belgique, comme le rappelle un autre écrivain catholique, M. Gaston Gaillard :

« Les catholiques flamingants, comme les catholiques autonomistes alsaciens, justifiaient leur attitude par l'appui tacite que le Saint-Siège avait toujours donné à toutes les propagandes germaniques. Lorsqu'ils se reportaient à la lettre mémorable adressée par Pie Xi à son secrétaire d'Etat, le cardinal Gaspari (le 26 juin 1923 ils étaient facilement convaincus que leur politique ne pouvait qu'avoir l'agrément de Rome et Rome ne faisait rien pour les en dissuader. Le nonce Pacelli (futur Pie XII) n'avait-il pas soutenu habilement les nationalistes allemands et prodigué les encouragements aux populations dites « opprimées » de la Haute-Silésie ; les menées autonomistes d'Alsace, d'Eupen-Malmédy et de Silésie n'avaient-elles pas reçu des approbations ecclésiastiques qui n'avaient pas toujours été discrètes ? Il était facile aux flamingants de prendre prétexte de ces faits pour abriter leurs agissements contre l'unité belge derrière les directives romaines... ». (54)

 

De même en 1,942 le pape Pie XII faisait transmettre à Paris ses condoléances pour la mort du cardinal Baudrillart par sa nonciature de Berlin, signifiant ainsi qu'il considérait comme acquise l'annexion par l'Allemagne du Nord de la France. Et l'on voit qu'il ne faisait par là que confirmer une fois de plus cet « appui tacite » que le Saint-Siège, et lui-même en particulier, avaient toujours donné à l'expansion germanique.

Aussi ne peut-on que sourire - non sans mépris quand on voit aujourd'hui les Jésuites de Sa Sainteté ergoter misérablement sur une pareille évidence, et répudier toute complicité avec la cinquième colonne qu'ils avaient si bien mise en place, et Degrelle en particulier. Pour celui-ci --- dans sa retraite dont on aurait garde de le tirer, car il sait trop de choses - il peut se remémorer à loisir le fameux distique d'Ovide : « Donec eris felix, multos numerabis amicos. Tempora si fuerint nubila, solus eris » (55).

Ce n'est pas sans une surprise amusée qu'on lit sous la plume du R.P. Fessard (Jésuite) :

« En 1916 et 1917, avec quelle impatience attendions-nous les renforts américains ! En 1939, avec quelle tristesse nous fallait-il constater que, même après la déclaration de guerre, Hitler était regardé avec bienveillance par une bonne partie de l'opinion américaine, même sinon surtout, catholique ! Et en 1941 et 1942, nous nous demandions à nouveau si les Etats-Unis interviendraient ou non ». (56)

 

Ainsi le bon Père - à l'en croire - constatait « avec tristesse » les résultats obtenus en Amérique par ses propres frères en Loyola ? Car, le finit est historique, le « Front chrétien », mouvement catholique opposé à l'intervention des Etats-Unis, était dirigé par le Père Jésuite Coughlin, pro-hitlérien notoire,.

« Rien ne manquait à cette pieuse organisation qui recevait de Berlin un copieux matériel de propagande mis au point par les services de Goebbels.

« Par son journal « Social Justice » et par ses émissions radiophoniques le Père Jésuite Coughlin, l'apôtre de la croix gammée, atteignait un vaste public. Il entretenait, au surplus, dans les principaux centres urbains, des cellules de choc, secrètes, il va sans dire, comme il convient aux fils de Loyola, et entraînées par des agents nazis ». (57)

 

Urie pièce secrète de la Wilhelmstrasse donne la précision suivante :

« Il n'est pas sans intérêt pour caractériser l'évolution des Etats-Unis dans le domaine de l'antisémitisme, de savoir que les auditeurs du prêtre de la radio, le Père Coughlin, bien connu pour son antisémitisme, dépassent 20 millions ». (58)

 

Faut-il rappeler aussi l'action du Père jésuite Walsh, chargé de missions par le pape, doyen de l'Ecole des sciences politiques de l'Université de Georgetown, pépinière jésuitique de la diplomatie américaine - et zélé propagandiste de la géopolitique allemande ?

En ce temps-là, le général de la Compagnie de Jésus se trouvait être, comme par hasard, Halke von Ledochowski, ex-général dans l'armée autrichienne, (lui avait succédé en 1915 à Wernz, un Prussien.

Le R. P. Fessard a-t-il également oublié ce qu'écrivait « La Croix », durant toute la guerre, et notamment ceci :

« Nous n'avons rien de bon à attendre d'une intervention des troupes d'Outre-Manche et d'Outre-Atlantique ». (59)

 

Ne se souvient-il pas non plus de ce télégramme de S.S. Pie XII : < Le pape envoie sa bénédiction à La Croix, organe de la pensée pontificale ». (60)

De tant d'oublis, faut-il déduire qu'on a la mémoire courte dans la Compagnie de Jésus ? C'est pourtant un reproche que ses ennemis même ne lui ont jamais adressé. Observons plutôt que le R.P. Fessard nous confie en 1957 seulement ses patriotiques angoisses de 1941-1942 * En quinze ans, ses « libres méditations» n'ont sans doute pas été vaines, et il a eu tout loisir (le relire tel passage des « Exercices spirituels » qui prononce que « le Jésuite doit se déclarer prêt, si l'Eglise affirme que ce qu'il voit noir est blanc, à dire comme elle, quand même ses sens le convaincraient du contraire » (61).

A ce compte, le R.P. Fessard nous paraît être un excellent Jésuite.

Le 7 mars 1936, Hitler faisait avancer la Wehrmacht en Rhénanie démilitarisée, déchirant ainsi le pacte de Locarno. Le 11 mars 1938, c'était l'Anschluss (réunion de l'Autriche à l'Allemagne) ci le 29 septembre de la même année, à Munich, la France et l'Angleterre se laissaient imposer l'annexion par Ie Reich du Territoire des Sudètes, en Tchécoslovaquie

Il y avait cinq ans seulement (lue le Führer avait pris le pouvoir, grâce aux votes du « Zentrum », catholique, et déjà se trouvaient réalisé',-, en grande partie les objectifs cyniquement dévoilés . dans « Mein Kampf », cet audacieux défi lancé aux démocraties occidentales, sous la signature d'Hitler, par le, Père jésuite Staempfle. « c'est la Compagnie de Jésus qui mit au point le fameux programme pangermaniste développé dans cet ouvrage, dont le Führer endossa la paternité.


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