Médecins légistes de l'affaire Alègre à Toulouse: Pierre-Marie Bras et Danièle Alengrin

Affaire Alègre : deux médecins légistes sous le scalpel de la justice Libération, le 16 juin 2004

Dans le Sud-Ouest, deux médecins légistes [Pierre-Marie Bras et Danièle Alengrin] ont enterré une série de crimes du tueur Patrice Alègre entre 1987 et 1992 sous la fausse appellation de suicides. Escamotage délibéré, ou incompétence crasse? Le juge Fabrice Rives, chargé du meurtre d'Edith Schleichardt, interroge aujourd'hui les docteurs Danièle Alengrin et Pierre-Marie Bras qui ont autopsié la victime et conclu à tort à «une intoxication médicamenteuse».

Edith Schleichardt, 22 ans, disparaît le 19 septembre 1990, alors qu'elle faisait de l'autostop entre Pamiers (Ariège) et Toulouse. Quatre jours plus tard, on retrouve sa dépouille sur le bord de la route dans la zone industrielle de Cintegabelle, en chien de fusil, jupe relevée, collants baissés, une bombe lacrymogène entre ses cuisses, [six dents cassées et d'un éclat d'émail dans sa gorge]. Sur place, la mise en scène ne fait sursauter ni le substitut du procureur de permanence, Marc Bourragué, ni les gendarmes de Muret. Les enquêteurs expédient le procès-verbal de constatation en dix lignes. Les légistes Alengrin et Bras [.. concluent..] «intoxication médicamenteuse»

Ces lacunes et ces inepties sont aujourd'hui au coeur des auditions des experts Bras et Alengrin, incontournables dans la région. Les gendarmes de Muret, qui ont suivi aveuglément les résultats erronés des légistes, seront interrogés aujourd'hui aussi. Le Dr Alengrin a déjà été questionnée à propos de la prostituée Line Galbardi, 28 ans, tuée en 1992 à l'hôtel de l'Europe à Toulouse. Elle avait repéré un meurtre «par asphyxie», mais pas de traces de violences. Or, les tapineuses «Fanny» et «Patricia», qui ont assisté à la «correction» à mort de la fille par Alègre, ont parlé de coups. Le juge Serge Lemoine, qui chercher à percer ce mystère, a fait conduire le Dr Alengrin sur les lieux du crime le 14 janvier 2004 afin de lui rafraîchir la mémoire. Le hic, c'est que «le transport sur les lieux ne lui permet pas de se remémorer sa venue sur place», selon le PV des gendarmes. Me Georges Catala, défenseur de la famille Galbardi, trouve «invraisemblable et suspect cet oubli total d'une scène de crime». Le Dr Alengrin a aussi «oublié» à l'époque de relever les hématomes, la fracture d'une incisive et une blessure à la lèvre qui, selon la contre-expertise de la dentiste Pujol du 26 avril 2004, «correspond vraisemblablement à un coup». Preuve du tabassage : «Ces brutalités ante-mortem, comme le montrent les traces de sang et les hématomes, témoignent d'une violence gratuite.»

Pire, le tandem de légistes Bras-Alengrin a catalogué en suicide le meurtre d'Hadja Benyoucef, 26 ans, retrouvée chez elle à Toulouse le 30 novembre 1987, un couteau en travers de la gorge, une corde au cou, une couche-culotte pliée en huit dans la bouche. Malgré les apparences, ces experts ont estimé que la victime a essayé de se pendre, puis «de s'entailler la gorge avec un couteau, mais ne parvenant pas à se le planter [...], a provoqué la section de la carotide». Conclusion : «Acte suicidaire double ayant débuté par une tentative infructueuse de pendaison.»

Sommités. De la même façon, ils ont vu «une intoxication polymédicamenteuse» dans la mort de Valérie Tariote, 22 ans, découverte le 27 février 1989 à Toulouse, sur son lit, à moitié nue, poignets liés, bâillonnée, un foulard au fond de la gorge, une casserole remplie de 1,5 litre de sang sous sa nuque. Ils n'ont trouvé «aucune lésion d'ordre traumatique évocatrice de violences», mais un taux record d'Equanil et de Stilnox. Ils n'ont pas pratiqué d'examen vaginal, ni anal. Et la sûreté urbaine de Toulouse qui a trouvé chez elle le livre Suicide mode d'emploi a abondé dans leur sens. Seuls les aveux spontanés, douze ans plus tard, de Patrice Alègre ­ qui a forcé Valérie Tariote à ingurgiter ces médicaments puis l'a violée et étranglée ­ l'ont exhumée du placard des suicidées.

Les sommités de la médecine légale à Toulouse, Danièle Alengrin, en poste au CHU de Rangueil et Pierre-Marie Bras, ex-médecin libéral basé rue Bayard, dans le quartier chaud de la ville, à côté de l'Etincelle, QG d'Alègre, figurent toujours sur la liste des experts de la cour d'appel de Haute-Garonne.

TOURANCHEAU Patricia

AFFAIRE ALEGRE : L'ETRANGE ATTITUDE D'UN MEDECIN LEGISTE

L.N.D. n°1137 juin 2004
Trois dossiers concernant des victimes de Patrice Alègre ont disparus de l'institut médico-légal de Toulouse. Devinez qui les a « empruntés ». On n'avait encore jamais vu ça à l'institut médico-légal de Toulouse. En ce lundi 21 juin, le juge d'instruction François Rives, flanqué d'une escoude de policiers, fait brusquement irruption dans les locaux ! Que vient-il chercher à la morgue ? Des documents relatifs à Edith Schleicherdt, cette jeune femme trouvée morte dans un champ de la région en 1990... Edith avait été découverte la jupe relevée, une bombe lacrymogène enfoncée entre les cuisses. Ce qui n'avait pas empêché deux médecins légistes, Pierre-Marie Bras et Danièle Alengrin, de conclure à l'époque à un suicide par ingestion massive de médicaments ! ... le juge Rives... a fait exhumer le corps... le crane présente des traces de violence, plusieurs dents ont été cassées ; sous la violence des coups, l'une d'elles est remontée jusque dans la cloison nasale ! Pourquoi les médecins légistes n'ont-ils pas noté tout cela dans leur rapport ? ... Le Dr Bras reconnaît ses erreurs. Mais sa consoeur, Danièle Alengrin, maintient qu'elle n'a rien à se reprocher. A l'issue de l'audition, le juge lui demande d'apporter dans les 48 heures l'analyse toxicologique qui avait été effectuée sur le corps d'Edith... Danièle Alengrin quitte le bureau du magistrat et ne donne plus signe de vie. Trois jours après, le juge Rives la relance. En pure perte. C'est alors qu'il décide... de perquisitionner, le 21 juin, dans les archives de l'institut médico-légal. Là, nouvelle surprise : le dossier Schleichardt est vide ! Le Dr Alengrin explique qu'elle a emporté son contenu à son domicile... le juge... ordonne au médecin d'aller immédiatement chercher les documents, et il la fait escorter par un officier de police... Chez le médecin, on découvre bien les documents Schleichardt, mais aussi les rapports concernant Valérie Tariote et line Galbardi, deux autres victimes présumées de Patrick Alègre ! Que font tous ces papiers officiels au domicile privé du légiste ? - Si le Dr Alengrin avait des choses à cacher, elle ne s'y prendrait pas autrement, affirme aujourd'hui l'avocat de la famille d'Edith Scleichardt, Me Pierre Dunac. Signalons encore que Danièle Alengrin a également eu à autopsier une certaine Hadja Darolles-Benyoucef... étranglée avec une cordelette, une couche-culotte enfoncée dans la bouche, un couteau planté de part en part dans la gorge... Et là encore, curieusement, le Dr Alengrin avait conclu au suicide. »

Affaire Alègre. L'expert légiste qui fait polémique

La Dépêche le 08/02/2007 J.-N. G.

Justice. Plusieurs meurtres du dossier Alègre avaient été classés suicides par le docteur Danièle Alengrin qui est pourtant à nouveau nommée experte auprès de la cour d'appel de Toulouse.

Sévèrement mise en cause pour les lacunes de ses autopsies dans le dossier Alègre, le medecin légiste Danièle Alengrin sera toujours, en 2007, experte auprès de la cour d'appel de Toulouse. Renouvelée chaque année, la liste des experts n'est pas encore parue mais la décision est arrêtée. Elle a été prise fin décembre, lors d'une longue réunion, par l'assemblée générale des magistrats du siège de la cour d'appel. Cela malgré l'avis défavorable du parquet général comme du parquet. La décision n'allait pas de soi…