Voici quelques extraits d'une interview du Sadhou Sundar Singh qui surprend par son contenu. Les expériences décrites ici semblent aller plus loin que la Bible, voire s'approcher du catholiscisme mystique et/ou de l'occultisme.
Le livre dont sont tirés ces extraits s'intitule:
Étude de Mysticisme et de religion pratique
Par : B.H.Streeter, M.A. (Oxon), Hon.D.D.(Edin)
et A.J..APPASAMY B.A. (MADRAS), M.A. (Harvard), B.D.(Hartford)
1930
Pour le Sadhou, la grande source d' illumination, de réconfort et de renouvellement physique se trouve, .. dans l'état d'extase, état qui revient fréquemment.
Un ami nous conseilla de supprimer complètement ce chapitre. Mais l'intention certaine du Sadhou était de nous voir publier intégralement ce qu'il nous avait dit. Quoi qu'il en puisse résulter, il est de notoriété publique que le Sadhou a des visions, et cela a déjà été publié. Certaines de ces visions prouvent tant de délicatesse de sentiment et de profondeur de vue, que ce serait prendre une responsabilité plus grande de les supprimer que de les divulguer. En tout cas, nous sommes certains de bien servir la réputation du Sadhou en publiant un récit authentique de ses visions les plus typiques et les plus originales. Par bonheur, nous sommes en mesure de le faire; les notes que nous avons prises ont été collationnées avec celles de notre collaborateur; et un grand nombre ont été revues et corrigées par le Sadhou lui-même.
Nous sommes loin d'affirmer que les visions soient le seul, ou même le meilleur moyen d'atteindre à la connaissance des vérités religieuses. Quant aux sujets eschatologiques évoqués dans les visions du Sadhou, les théologiens libéraux avaient déjà pressenti l'essentiel des conclusions de Sundar. Ils étaient arrivés à ce résultat, simplement en étudiant ces mêmes questions de philosophie, de morale et de critique d'une façon rationnelle.
Toutes ces visions se détachent sur le même fond, et c'est là une preuve convaincante, si une preuve était encore nécessaire, du caractère essentiellement christocentrique du mysticisme du Sadhou.
"Au centre de la vision se trouve toujours l'apparition ineffable, indescriptible du Christ sur son trône. Son visage, tel que je le vois pendant l'extase, avec mes yeux spirituels, se rapproche beaucoup de celui que je vis, au moment de ma conversion, avec mes yeux de chair. Je vois Ses cicatrices et le sang qui coule. Ces cicatrices ne sont pas pénibles à regarder, car elles sont, radieuses et belles. Sa barbe et ses cheveux sont comme de l'or, tout rayonnants de lumière. Son visage est comme le soleil, mais sa lumière ne m'aveugle pas. C'est un visage adorable, toujours souriant, d'un sourire illuminé d'amour. Il n'inspire aucune crainte."
(NDLR: comparer avec Apocalypse 1.17: Son visage était éblouissant comme le soleil quand il brille de tout son éclat. Quand je le vis, je tombai à ses pieds, comme mort, ou Actes 9.7 "ils restèrent figés sur place, muets de stupeur")
"Ce monde spirituel [de l'extase] présente un autre caractère : on ne s'en fatigue pas; on ne désire rien d'autre. Aux Indes, dans une réunion à laquelle j'assistais, il y avait un paysan chrétien qui priait. Il était rempli du Saint-Esprit; pénétré de paix et de bonheur, il tremblait dans l'excès de sa joie et priait ainsi: « Seigneur, je te remercie, je te remercie, mais arrête, ou je meurs. Assez... assez.» Je fus très surpris de constater qu'il désirait voir cet état prendre fin."
« Je demandai à l'un des esprits la signification de ce passage de saint Jean : « J'ai dit, vous êtes des dieux. » J'appris que les aspirations innombrables du coeur humain sont une preuve que l'homme est destiné à évoluer infiniment lorsqu'il sera au ciel; là, nous aurons plus de possibilités de perfectionnement que nous n'avons actuellement de cheveux sur la tête.
« La majorité, des chrétiens, quittent leur corps physique. Revêtus de leur corps spirituel , ils parviennent dans l'état intermédiaire au deuxième ciel. Ils y demeurent quelques jours on quelques mois, parfois, plus longtemps encore, jusqu'à ce qu'ils soient prêts à entrer au troisième ciel. Cependant les êtres d'exception comme saint François d'Assise ou l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ atteignent un développement spirituel si grand, qu'ils vont directement au troisième ciel. »
Avez-vous eu quelque précision sur la résurrection de la chair ?
- On me dit qu'au moment de la mort, les chrétiens laissent derrière eux leur corps physique. Ce corps est enterré, mais le corps spirituel qu'il contient se trouve libéré. Revêtus de celui-ci, ils entrent selon leur degré d'évolution dans le deuxième ou le troisième ciel. Du moins cela est vrai de la majorité des chrétiens; mais il y a des degrés dans la vie spirituelle. Il existe de rares privilégiés qui ont vécu en communion si étroite avec le Christ que leur corps physique s'est lentement transformé et a été enlevé au ciel. Il s'est entièrement spiritualisé, car la chair et le sang ne peuvent hériter la vie éternelle; c'est bien le même corps physique, mais complètement transformé. Je demandai, si cela pouvait s'appliquer à Hénoch et à Élie, qui avaient été enlevés au ciel. On me dit : « Oui, et cela S'applique également à Moïse. » On me montra au ciel Moïse et Élie, et, l'on ajouta qu'ils étaient apparus à la Transfiguration sous l'aspect où je les voyais maintenant; car, au ciel, il n'y a plus de changement. Dieu ensevelit Moïse, mais la manière dont Dieu ensevelit n'est point la nôtre; le corps physique s'épanouit en corps spirituel. Nul ne peut entrer au ciel avec son corps physique, sauf dans des cas exceptionnels où le corps fut transformé. Il en fut ainsi du corps du Christ.
« Je demandai encore : « Les morts seront-ils tous rassemblés et jugés en même temps ? »
On me répondit que non. Au moment de quitter ce corps, l'âme se souvient de tous les incidents de sa vie ; le souvenir est clair, précis, et c'est là ce qui constitue le jugement. La lumière céleste révèle aux méchants leur propre état. Ils comprennent aussitôt qu'ils ne peuvent vivre en compagnie des saints et des anges. Ils sont tellement dépaysés, tout est si contraire à leur nature, qu'ils demandent l'autorisation de quitter le ciel. Dieu ne renvoie personne.
« Il me fut dit encore que l'amour de Dieu agit jusqu'en enfer. Dieu ne s'y révèle pas dans Sa pleine lumière, parce que les âmes qui y sont ne pourraient en supporter l'éclat; mais Il leur montre graduellement plus de clarté. Il les amène ainsi plus haut, et tourne leur conscience vers le bien, ce pendant qu'elles croient que ce désir provient d'elles-mêmes. Dieu agit sur leur esprit dans la profondeur de leur âme; un peu comme le fait Satan, dans le sens opposé, lorsqu'il s'efforce de nous tenter. Comme Dieu agit par sa lumière au dedans et au dehors de nous, presque tous ceux qui sont en enfer seront finalement conduits aux pieds du Christ. Des millions de siècles seront peut-être nécessaires, mais quand ce jour arrivera, ils seront remplis de reconnaissance envers Dieu. Cependant ils seront moins heureux que ceux qui ont suivi le Christ dès ici-bas. C'est ainsi que l'enfer même est une école d'apprentissage, une préparation à la maison paternelle.
« L'universalisme » du Sadhou rappelle la fameuse vision de la mère Juliana de Norwich et les commentaires qu'elle en fit Son respect pour l'autorité de l'Église l'empêcha néanmoins de faire des hypothèses sur la façon dont la chose était possible. Le Sadhou obéit fidèlement à l'injonction : « N'en parle pas. »
Comme nous le verrons dans le chapitre suivant, le Sadhou, dans son enseignement populaire, insiste sur la nécessité de la repentance et la certitude du jugement après la mort; mais il ne parle jamais de son espoir, quant à l'ultime salut de tous, voire même de ceux qui ne se repentent point.
Celui qui étudie le mysticisme voudra quelques documents de plus, afin d'établir scientifiquement la nature et l'a signification des visions du Sadhou. C'est pourquoi nous rapportons en détail l'exposé que le Sadhou fit lui-même de la nature de l'extase:
« Un ami me posa un jour cette question:
« - Qu'est-ce que l'extase?
« Je lui répondis :
« - Il y a des perles dans la mer; mais pour les atteindre, il faut plonger jusqu'au fond. L'extase est une descente dans les profondeurs des mers spirituelles. Ce n'est pas une transe, c'est une sorte de plongée; de même que le plongeur doit suspendre sa respiration, de même, en extase, devons-nous suspendre nos sens extérieurs.
Les extases du Sadhou durent parfois quelques heures pendant lesquelles il perd toute notion du monde extérieur et du temps : « Le passé et le futur n'existent pas, tout est dans le présent. »
« Durant l'extase, je médite sur des sujets tels que l'amour de Dieu, et en même temps j'écoute ce que les esprits, et en particulier le Saint-Esprit, me communiquent.
Dans le récit des visions du Sadhou, il est deux points importants qu'il suffit de rappeler sans commentaire: la fréquence des manifestations et le fait qu'elles ne sont jamais suivies de fatigue, mais au contraire de repos physique et mental.
La littérature mystique orientale et occidentale est un domaine si vaste, que ceux-là mêmes qui ont consacré leur vie à cette étude, n'émettent une opinion qu'avec circonspection. Les auteurs de ce livre ne sont pas qualifiés pour parler avec autorité. Il ne paraît cependant pas téméraire d'affirmer que si l'on trouve chez certains mystiques orientaux et occidentaux, des expériences semblables à celles que nous avons notées, le fait d'être réunies dans une seule individualité est un phénomène unique. Dans ce cas, quelle explication donner ? Dire que tout mystique est en quelque sorte une manifestation unique en son genre ne nous semble pas une réponse suffisante; et voici l'opinion que nous risquons : l'Inde est le pays, des mystiques, mais nous croyons que le Sadhou est le premier Hindou qui soit devenu un mystique christocentrique, ou du moins est-ce le premier dont les expériences nous soient parvenues. Il est permis de croire que, transplanté aux Indes, le mysticisme chrétien prendra une forme nouvelle, essentiellement hindoue.
« Bien souvent, autrefois, il m'arrivait, avant d'entrer en extase, de percevoir des voix avec mes oreilles corporelles (il ne s'agissait pas du langage spirituel du monde céleste) ; j'entendais de la musique, je voyais de la lumière, mais je découvris que c'était l'oeuvre de Satan ou de quelque esprit malfaisant. Cela ne m'arrive plus maintenant. Il me semblait parfois être piqué d'aiguilles et je voyais de la lumière, mais ce n'était pas la « vraie » lumière.
Je crois que notre coeur nous permet de juger instinctivement si ces expériences viennent de Dieu; J'avais le sentiment qu'elles ne venaient pas de Lui.
« Quand je prêtais l'oreille à ces voix, j'étais troublé. Mais je priai le Seigneur de venir à mon secours et tout cessa : la chaleur, les murmures, les frissons, les piqûres. Alors, je pensai : Toutes ces manifestations venaient de Satan; ce qui vient maintenant, c'est-à-dire la véritable extase, est de mon Seigneur qui m'a délivré.
« Ces états préliminaires suffisent à induire en erreur un homme qui ne vit pas en contact étroit avec le Christ. Même des chrétiens, et des chercheurs sincères, qui sont devenus prophètes d'autres religions, ont été égarés. Les fausses religions naquirent ainsi. Leurs fondateurs croyaient entendre des voix divines, alors qu'il s'agissait de démons. S'ils n'avaient pas prêté attention à ces voix, s'ils avaient été plus avant, ils auraient pu atteindre la véritable extase. Les mystiques devraient être très prudents, et en particulier les débutants. Ceux qui vivent dans le monde trouvent naturellement ces expériences merveilleuses, parce qu'ils n'ont encore rien vu de semblable. Mais toutes ces choses viennent de Satan ou d'êtres inférieurs du monde des esprits.
Le Sadhou parla de certains théosophes et d'autres personnes connues, vivantes ou décédées, qu'il croit égarées par de mauvais esprits; mais il nous fit comprendre qu'il n'était pas sage d'écrire leurs noms.
« C'est avec ces esprits du monde inférieur que les spirites entrent en rapport. C'est d'eux qu'ils reçoivent des communications intéressantes. Mais en fin de compte, les spirites sont égarés par ces entités. Elles commencent par dire quatre-vingt-dix-neuf vérités pour une erreur, augmentent ensuite graduellement la proportion d'erreurs et mènent le spirite à l'athéisme ou à tout autre égarement. L'homme véritablement spirituel possède un instinct qui lui fait éprouver une antipathie naturelle pour ce qui provient des esprits inférieurs. Si nous ne cherchons que, ce qui est intéressant, nous n'atteindrons jamais le monde spirituel supérieur. »
(NDLR: ce discours est proche de l'enseignement de la théosophie)
Parlant de sa mère à l'archevêque de Cantorbery, le Sadhou dit :
- Si je ne dois pas retrouver ma mère au ciel, je demanderai à Dieu de m'envoyer en enfer, afin de vivre auprès d'elle.
En décidant d'adopter, tout en étant chrétien, le genre de vie et le costume de sadhou, Sundar réalisait une idée originale, fertile en conséquences. Un sadhou, un sannyasi ou un fakir (nous n'avons pas ici de distinctions à faire) ne possède au monde que sa robe couleur safran, et cette robe indique sa profession. Il se consacre entièrement à la vie religieuse qu'il a choisie et qui varie selon l'individu. Pratiques d'ascétisme, méditations solitaires accompagnées d'extase mystique, ... Le « saint homme » est traité avec un profond respect. Les personnages les plus haut placés s'inclinent devant lui. La superstition lui attribue des pouvoirs merveilleux. C'est, au point de vue religieux, un acte méritoire que de lui offrir un repas ou l'hospitalité pendant une nuit. ... Malgré les défaillances d'un grand nombre, il en est quelques-uns dont l'ascétisme incontestable conserve à cette profession son prestige; aussi le véritable sannyasi est-il salué des titres royaux et divins de Swami, Mahatma, Maharaja.
D'après le Sadhou, la Bible et le livre de la Nature sont les seules lectures qu'il fasse encore régulièrement. Et ces deux livres-là ne le quittent jamais. Mais, lorsqu'il se trouve avec des amis, il lit volontiers d'autres ouvrages, surtout lorsqu'ils traitent des mystiques, ou quand il s'agit d'un livre écrit par l'un d'eux. Il a lu une Vie de saint François, mais il ne peut se rappeler à quel moment; il n'a pas gardé souvenir du nom de l'auteur. Ce sont là des détails qui ne l'intéressent guère. Il a parcouru Al Chazzali et d'autres mystiques soufis. Il a lu des passages de Boehme, de sainte Thérèse, de saint Jean de la Croix et quelques fragments de Swedenborg et de Madame Guyon. Mais nous croyons qu'il n'a lu ces cinq auteurs que tout récemment; nous n'avons pu obtenir de précision quant aux dates.
NDLR: Swedenborg est un occultiste du XVIIIè, fondateur du mouvement le "Nouveau Christianisme" (voir page sur Swedenborg du site info-sectes.org)
"Ma véritable union est avec le Christ. Je ne dis pas que le mariage soit mauvais en soi. Mais si je suis uni au Christ, comment pourrais-je m'unir à quelqu'un d'autre"
Le Sadhou découvrit l'existence d'une communauté chrétienne évaluée à vingt-quatre mille membres; on l'appelait la « Mission secrète Sannyasi ». Chrétienne, par certains côtés, elle a des traditions et des doctrines curieuses, mais sans grand intérêt ni valeur, autant qu'on en puisse juger par ce qui a été publié jusqu'à présent. Le Sadhou est entré en rapport avec cette mission, comme avec toutes les sectes chrétiennes, dans un esprit de sympathie fraternelle.
Plus tard, il découvrit dans une grotte des monts Kailash, dans l'Himalaya, à treize mille pieds au-dessus de la mer, un « rishi », ermite très âge, appelé le « Maharishi de Kailash ». Le rishi fit au Sadhou d'étonnantes révélations sur son âge prodigieux, ses pouvoirs extraordinaires et ses aventures. Il lui fit part également d'une série de visions d'un caractère apocalyptique. Le Sadhou fut certainement frappé de ces récits; il retourna plusieurs fois chez le rishi et raconta aux Indes à diverses personnes ce qu'il avait vu et entendu. Il était était assez naturel que le peuple, séduit par le côté fantastique du récit, s'intéressât à l'ermite. Malheureusement, cette curiosité, gêna parfois le Sadhou; il fut assailli de questions sur le rishi et ses révélations.
- On a attaché trop d'importance à cet épisode de ma vie, nous dit-il à Oxford. Le Maharishi est un homme de prière, et j'ai le plus grand respect pour lui. Mais mon but est de prêcher le Christ et non pas le rishi.
En 1906, pendant l'automne, M. Stokes soigna le Sadhou atteint d'un accès de fièvre et de violentes douleurs à l'estomac. Il l'entendit murmurer doucement
Comme il est doux de souffrir pour l'amour de Lui!
Pour le Sadhou, comme pour saint Paul, il est un point essentiel : la souffrance est un privilège, en ce sens qu'elle donne à l'homme l'occasion de partager les souffrances du Christ et de coopérer à son oeuvre.
- Lorsque vous priez, est-ce que vous vous représentez la figure du Christ? avons-nous demandé.
- Au début, je le faisais toujours, dit-il. Maintenant cela m'arrive moins souvent. Son image surgit de temps à autre, semblable à celle que je vois dans mes extases. Je sens la présence du Christ bien souvent, et, à mesure que les années passent, je la sens de plus en plus; je ne le vois pas avec mes yeux corporels, comme dans l'apparition qui détermina, ma conversion, ni avec mes yeux spirituels, avec lesquels je le perçois dans mes visions. Plus on s'identifie au Christ, plus on a le sentiment de Sa présence.
Songeant aux mystiques du moyen âge et à leurs pratiques, nous demandâmes au Sadhou si la vue du crucifix lui était une aide.
- Personnellement, répondit-il, le crucifix m'est de peu de secours; mais j'estime qu'il peut avoir son utilité pour les enfants, les débutants et ceux qui sont absorbés par les occupations de ce monde.
Il faut parler de l'attitude du Sadhou envers la Sainte Cène. Il se sent à l'aise au milieu de chrétiens de toute dénomination : Anglicans qui assistent quotidiennement à la messe; non-conformistes qui ne célèbrent la Sainte Cène que rarement. La nature de son apostolat le met en rapport avec des chrétiens de toute croyance et de tout rite, et la fréquence de sa participation à la Sainte Cène dépend un peu du milieu dans lequel il se trouve et du temps dont il dispose.
- Si J'en avais le loisir, j'aimerais communier chaque jour. J'en retire un grand bénéfice
Cependant, il éprouve toujours le sentiment de la présence et de la compagnie du Christ vivant, et cela, indépendamment de la participation au sacrement. Sa doctrine est simple :
- je ne crois pas que le pain et le vin soient matériellement transformés en corps et en sang de Jésus-Christ. Mais l'effet produit sur le croyant est le même que s'il en était ainsi.
Avez-vous lu les exercices spirituels desaint Ignace de Loyala, et conseilleriez-vous sa méthode?
- J'ai lu ce livre et je crois que cette méthode peut rendre des services à bien des personnes; mais en ce qui me concerne, elle ne m'a pas été d'un grand secours. Elle m'a procuré un peu d'aide; mais ma méthode de méditation m'en donne bien davantage.
Pour bien comprendre l'originalité du Sadhou et le sens complet de son enseignement concernant le péché, la souffrance et le jugement, il faut établir un rapport :
1°) Avec la doctrine hindoue du Karma ;
2°) avec la conception de la colère divine qui imprègne profondément encore l'enseignement traditionnel du christianisme. Le Sadhou croit châtiment. Mais il le considère comme étant causé par une perturbation intérieure, par une déchéance inévitable de la personnalité. Le mal comporte sa propre punition en ce sens qu'il rend l'homme incapable de participer à la vie du ciel. Le Sadhou ne considère pas le châtiment comme l'expression de colère divine, car il voit toujours Dieu à travers le Christ. Comme nous l'avons rapporté plus haut : « Jésus-Christ n'est jamais irrité contre personne. »
« Puisque les hommes ont choisi le péché, il leur faut mourir dans le péché. Ce n'est pas Dieu qui donne cette mort. Dieu n'envoie personne en enfer. Le pécheur attire sur lui-même son propre châtiment.
Le Sadhou insiste tout particulièrement sur le fait que le châtiment est automatique et ne doit pas être attribué à la colère divine ; car le Sadhou est inspiré par sa conviction passionnée de l'amour de Dieu, conviction qu'il appuie sur certains passages de l'Évangile selon saint Jean. Bien que cette doctrine soit prédominante dans cet Évangile, on peut se demander si le Sadhou l'eût découverte aussi facilement s'il n'avait été familiarisé avec la doctrine du Karma. Nous avons là un exemple de la nouvelle interprétation que l'Inde, si elle se convertit, pourra donner à l'Évangile selon saint Jean ; Westcott l'a pressenti. Entre la doctrine du Sadhou et l'idée du Karma qui, toutes deux admettent le châtiment automatique, il existe une différence subtile mais importante. Pour le Sadhou, le châtiment est le fait d'une transformation intérieure, inhérente à la personnalité. Le Karma représente le châtiment comme dépendant de circonstances tout extérieures.
« Dieu est amour, c'est pourquoi Il ne punit pas. Je ne suis pas d'accord avec ceux qui considèrent la maladie ou les malheurs comme un châtiment.
Pour savoir exactement comment le Sadhou comprend le jugement, il faut compléter ce paragraphe par l'enseignement ésotérique tiré des visions, visions rapportées dans le chapitre précédent.
« La prière et la méditation nous aident à nous purifier du péché.
C'est encore par un instinct profondément hindou que Sundar s'est mis à la recherche de saints ermites qui, retirés dans l'Himalaya, vivent en des lieux inaccessibles pour méditer sur Dieu et sur l'Eternité. C'est encore la raison Pour laquelle il s'est intéressé passionnément au vénérable Maharischi découvert à Kailash, lieu célèbre dans la littérature hindoue par tant de souvenirs sacrés.
Quelques Hindous convertis (Pandita Ramabai en est un exemple notable) ne voient plus dans l'hindouisme que la « puissance des ténèbres ». Le Sadhou n'est pas de ceux-là. Il ne fait jamais allusion aux plus sombres aspects de l'hindouisme ; en tous cas, nous n'avons jamais relevé aucune observation de ce genre.
La philosophie de l'hindouisme est un édifice trop imposant pour être démoli par des épigrammes ou des anecdotes. Celui qui voudrait trouver dans l'enseignement du Sadhou une critique raisonnée du panthéisme, de la doctrine du Karma ou de la Jnana, serait fort déçu.
- Au début de ma vie chrétienne, dit le Sadhou, j'avais quelques tendances panthéistes. Je pensais que la paix merveilleuse que je possédais provenait du fait que j'étais Dieu, ou une partie de Dieu.
la paix du Yoghi obtenue par la concentration (le mot sanscrit Samadhi peut être traduit indifféremment par paix et concentration) est bien différente de cette joyeuse paix de Dieu dont nous parle le Sadhou. Mais est-il possible d'établir une séparation complète, d'une part, entre les exercices et les recherches du début, et de l'autre, entre l'extase et la place qu'elle tient dans la vie religieuse du Sadhou? L'extase est une expérience que Sundar partage avec les mystiques d'Occident ; cependant la fréquence de cette extase, l'extrême importance qu'il y attache, et, il faut le dire, l'absence totale de cette méfiance qui pousse les mystiques catholiques à sonder toute vision avant d'affirmer qu'elle vient de Dieu, rapprochent le mysticisme du Sadhou de celui des Yoghis les plus élevés.
Au cours d'un entretien sur les poètes Bhaktis, on racontait que dans les moments d'exaltation spirituelle, leurs cheveux se hérissent, les larmes jaillissent de leurs yeux et leur corps frémît de ravissement.
- Ce ne sont là, dit le Sadhou, que des manifestations extérieures. La réalité est au-dessus de cela. D'habitude, ma joie est extraordinairement paisible. Elle s'est parfois manifestée différemment ; mes cheveux se sont dressés, mes larmes ont coulé, mais mon corps n'a jamais frisonné d'extase. La paix et la joie que je ressens sont contagieuses. Je vis un jour ceux qui m'entouraient verser des pleurs de joie comme moi.
Le Sadhou a cherché la paix de la Yoga, la joie de la Bhakti ; il les a trouvées ; mais combien plus abondantes en Christ !
Ici le lecteur devra convenir que le christianisme compris et vécu par le Sadhou n'est pas seulement la religion du Nouveau Testament dans toute sa pureté et son intégrité ; mais encore le couronnement et l'accomplissement de l'hindouisme, et cela, à un point qu'un Occidental ne pourra jamais saisir… le chemin dont le terme réalise la synthèse des aspirations les plus élevées des chercheurs yoghis ou bhaktis.
En voici quelques extraits:
L'âme du philosophe [athée décédé] .. sera enfin apte à accepter les enseignements nécessaires que les anges préposés à ce service sont prêts à lui donner. Il sera alors admis à entrer en pleine lumière dans la sphère supérieure..
il existe un monde d'esprits qui est l'asile temporaire des esprits qui, à la mort, ont quitté leur corps. C'est là un état intermédiaire pour un lieu intermédiaire entre la gloire lumineuse des plus hauts cieux, et l'espèce d'obscurité et de ténèbres des enfers. Il s'y trouve d'innombrables degrés d'existence et l'âme est conduite à celui auquel ses progrès d'ici-bas l'ont préparée. C'est là que des anges préposés à ce service instruisent l'âme pendant un temps plus ou moins long jusqu'à ce qu'elle aille rejoindre les bons esprits dans une plus grande lumière..
un débauché entra à sa mort dans le monde des esprits.. À cet instant on entendit une douce voix venant du haut des cieux, celle d'un ange, " dire que Dieu permettait l'admission de cet homme au ciel " .. Il regarda par la porte, mais .. s'enfuit.. On entendit alors la douce voix du Seigneur, disant : " Voyez, mes chers enfants, Personne n'a la défense d'entrer ici, et personne ne l'a défendu à cet homme ; c'est sa vie impure qui l'a forcé à fuir ce lieu saint".
"[Au ciel] la résidence de chaque âme est fixée d'après son développement mais il lui est permis de faire de courtes visites à d'autres sphères. Quand les habitants des sphères supérieures viennent visiter une sphère inférieure, on lui donne une espèce de voile spirituel pour que ces habitants des régions inférieures ne soient pas déconcertés par leur glorieuse apparition, et de même quand un habitant des régions inférieures va visiter une sphère supérieure, on le revêt d'une espèce de vêtement spirituel pour qu'il soit assez fort pour supporter la gloire de l'autre lieu.
Il est dangereux de donner comme exemple un mysticisme autant douteux que syncrétiste. Les chrétiens ont manqué de discernement en publiant sa -remarquable– biographie. On trouverait sans aucun problème des vies extraordinaires dans l'hindouisme quand on pense qu'ils sont capables de se laisser mourir sur place, dans la position du bouddha...