Des repères éblouissants - Jean-Loup Montigny - LLB

C'est l'histoire d'un père meurtri par le décès de son fils à 19 ans, qui suite à la perception de la voix de son fils d'outre-tombe effectue un cheminement spirituel...
En soi, le livre est poignant, dans cette souffrance intérieure vécue à travers ce drame profond.
Le père raconte son fils, et se raconte lui-même.

Voici néanmoins plusieurs extraits plutôt troublants, avec mes commentaires :

- "que serait-il devenu ? un homme de bonne influence et un homme de bien ?"  p.65. En soi cet extrait n'a rien de bien choquant, mais il représente ce que l'auteur discernait de son fils : pas un seul mot pour parler de sa repentance ou de sa conversion ; ce fils aimé n'avait vraisemblablement pas trouvé le salut en Christ ; il était en recherche, nourri par son père de Goethe, Tolkien ou encore l'école surréaliste (aucun mot négatif à ce sujet dans le livre).
"Mais je sais que maintenant tout est neuf, que le passé est couvert par la bonne main de Dieu et que Julien et moi, lui ressuscité en Christ et moi renouvelé, sommes proches l'un de l'autre" p.66 (et aussi p.89 "moi je savais où était l'âme de mon fils"). Aucun élément ne permet de valider ce jugement du père sur son fils ; on a donc bien plutôt le sentiment qu'il s'agit là d'une sorte d'universalisme, ou de croyance en un salut par une "bonne conduite" ?

- "Je me revois dans le taxi qui me conduisait au palais de justice ; je demandais à mon fils Julien de faire en sorte, s'il en avait le pouvoir, que quelque chose se passe [...] Cependant cela se réalisa" p.74.
Julien est alors décédé. Cette "prière" intérieure tournée vers Julien n'est aucunement regretté par l'auteur, bien qu'à ce moment-là il n'ait pas fait son cheminement spirituel.

- p.81 à 85, description de cette voix intérieure distinctement entendue :
"Julien s'adressait directement à moi. Il me tutoyait et disait "papa", ce mot ressortant distinctement en fin de phrase"
"Ma femme a aussitôt accepté ce phénomène de visitation par l'Esprit".

L'auteur étant alors dans le catholicisme cite plusieurs prêtres à l'appui de ce phénomène :
"Un an et demi plus tard, un prêtre réputé, Stan Rougier, rencontré au monastère d'Avon, me confortera dans la phrase prononcée par la voix intérieure".
"Ce fut donc bien le 13 août 1992
[date de l'audition de cette voix intérieure] qu'à son initiative [de Julien décédé] nous nous sommes reparlés".
"Je tiens à préciser que la voix intérieure est un phénomène connu en théologie. Le père Yves Aubry la décrit ainsi
[...] : la théologie mystique nous dit ce qu'est une parole intérieure".
"[Deux jours après] Mauvais nageur, je me trouvais en danger et j'ai pensé à Julien. J'ai repris pied [...] Normalement j'aurais du me noyer ce jour-là".
"Ainsi ce prêtre
[le père Rougier] a-t-il donné sa caution à ce phénomène étrange".

- p.87, l'auteur passe une semaine dans la communauté des Béatitudes, communauté charismatique catholique. Il y raconte qu'une après-midi : "j'étais en train de lire quand soudain ma chambre m'est apparue baignée d'une sorte de halo de lumière diffuse qui vibrait légèrement, comme si Dieu se manifestait". Le mois suivant, à l'issue d'une opération, l'auteur témoigne avoir entendu une voix l'assurant qu'il n'avait pas de polype.
- p.89 "J'ai assisté à une convention interconfessionnelle à Vimy près de Lens. J'ai été émerveillé par la joie des nombreux chrétiens réunis, catholiques, protestants et évangéliques, et par la puissance des orateurs, tout spécialemen le prêtre de Lens, René Jacob, et le pasteur Kurt Maeder de Strasbourg".
- p.90 l'auteur donne une interprétation personnelle du manteau jeté par Elie sur Elisée : pendant les 3 jours de coma de son fils Julien, Dieu serait venu prendre possession de Julien. Toujours pas de repentance, la salut de Julien aurait été opéré durant son coma, c'est du moins ce que ressent son père.
- p.99 l'auteur relate la fin de vie de sa mère en ces termes : "Le 26, un prêtre de la paroisse est venu la visiter. Elle s'est confessée à lui et a reçu la communion ainsi que le sacrement des malades". A cette époque (fin 1994), l'auteur est rattaché à une église évangélique depuis environ 1 an. Quand bien même il n'aurait pas été éclairé à cette époque sur ces pratiques catholiques, on aurait pu espérer qu'il le raconte désormais avec un regard "critique" : aucun mot ne permet de croire que l'auteur n'approuve pas ces pratiques.

- p.103 "Une équipe travaillant pour le prédicateur américain Billy Graham a recueilli mon témoignage sur la façon dont le Dieu vivant était entré dans ma vie. La séquence a été filmée au pied du Sacré Coeur de Montmartre et la cassette a servi, parmi les témoignages d'autres personnes, pour des réunions d'évangélisation en Amérique".
On voit ici qu'être filmé devant le Sacré Coeur de Montmartre parait tout à fait naturel à l'auteur pour un témoignage sur sa foi (et ce n'est certes pas anodin), mais ceci est cautionné par le "grand" Billy Graham... l'oecuménisme évangélique est ainsi cautionné par un de ses plus éminents leaders, mais cela on le savit déjà !

- p.122 à 124 l'auteur justifie le "repos dans l'Esprit" charismatico-torontiste :
"Quand on prie pour elles, il arrive que des personnes tombent sur le sol, généralement en arrière, avec un sentiment d'apesanteur ; allongées par terre pour une durée variable, elles ressentent alors une impression de paix, quelquefois jusqu'à une sorte d'extase. [...] Des observateurs sont parvenus à la conclusion que l'Esprit Saint pouvait ainsi communiquer une grâce intérieure [...] L'analyse probablement la plus récente se trouve dansle livre "Veux-tu guérir?" du frère dominicain Rémi Schappacher (éd. du Cerf)".
Et de relater une de ces soirées de guérison : "Au cours d'une récente soirée de guérison conduite par des prêtres catholiques et un pasteur protestant..."
Encore une fois l'oecuménisme, le mélange est complètement cautionné, aucune mise en garde vis-à-vis du catholicisme, bien au contraire : la présence de prêtres catholiques aux différents séminaires, conférences, retraites ou soirées auxquelles assiste l'auteur est constamment mise en relief !
- p.125 à 129 l'auteur rapporte sa relation étrange avec la sonate de Beethoven "l'Appasionnata", qu'il entendrait chaque fois à des moments particuliers, comme des signes de réception de ses prières par Dieu (!) ou encore comme des signes envoyés par son défunt fils.
p.126 il relate comment, après avoir entendu un prêtre parler de la prière pour les défunts et du purgatoire, il s'était senti coupable de ne pas avoir prié pour son fils, ce qu'il fera donc à plusieurs reprises mais "avec réticence". On est alors en 2000, l'auteur étant rattaché à une église évangélique depuis 5 ans ! Puis il arrêtera, convaincu par ... la sonate qui "m'a paru signifier que je manquais de foi en négligeant les signes de vie de Julien avec Dieu reçus par moi en abondance" ! Ce n'est pas la Parole de Dieu qui le convainc de la fausseté de cette pratique mais une sorte de comunicaion avec Julien par le biais de cette sonate !
p.128 "La sonate se présente comme un avis de bonne réception d'une prière en groupe...".
p.129 "Je pense que Julien est personnellement présent et agissant dans ce processus conduit par l'Esprit du Seigneur. Pourquoi en douter ? Il était déjà dans la Voix de 1992."
- p.134 l'auteur se dit fidèle au groupe de prière interconfessionnel de la pierre d'Angle, l'un des plus anciens du Renouveau Charismatique en France. Il relate d'ailleurs la visite de Carlos Payan à ce groupe (cf. "Paris tout est possible" rencontres éminemment oecuméniques, avec de nombreux prêtres...).
p.135 "Je me déplace facilement dune communauté protestante à une communauté catholique et inversement. Je me sens à l'aise dans une assemblée interconfessionnelle. Il est bon de rappeler à certains que le catholicisme et le protestantisme, ainsi que l'orthodoxie, font partie d'une religion commune, le Christianisme, avec des cultes et des traditions distincts."
On ne peut mieux gommer et passer sous silence  les divergences doctrinales : tout serait affaire de différences de formes ("cultes et traditions"). Dès lors en ffet, pourquoi ne pas passer de l'un à l'autre et inversement !!

- p.141 à 145, l'auteur donne le témoignage de 4 familles catholiques sur leur réaction devant la perte d'un enfant. La conviction d'une résurrection avec le christ est affirmée mais sans aucune référence à la repentance ou la conversion. Le cas de Mado Maurin, mère de l'acteur Patrick Dewaere qui s'est suicidé à l'âge de 35 ans, est cité : "Depuis que Patrick est parti tout d'un coup, je crois à la résurrection des morts, je crois que je retrouverai mon fils, c'est le cadeau qu'il m'a fait en donnant sa vie". L'expression "donner sa vie" pour un suicide est plutôt étonnant, mais plus encore le fait que cela impliquerait nécessairement un salut de l'âme. Patrick Dewaere n'a pas été connu pour avoir rencontré le Seigneur, il faisait sa vie d'acteur avec des films parfois immoraux ("Les valseuses" par exemple). Bien sûr, il est toujours possible qu'il ait rencontré le Seigneur, mais aucun élément ne permet même de le supposer.
Toujours Mado Maurin : "Je m'adresse à toutes les mamans dont les enfants se sont tués. Je suis avec elles. Je leur jure que la résurrection existe et que leur petit, il est à côté d'elles, il les accompagne ; il ne les quittera plus, plus jamais". Il s'agit là d'affirmations émotionnelles, d'une croyance émotionnelle, qui se veut rassurante, et qui touche à l'universalisme.
L'auteur indique que "ceux que nous aimons et qui sont partis vivent en Dieu", ce qui peut être vrai mais pas inconditionnellement, autrement c'est de l'universalisme sentimental. Rien ne permet de faire la distinction dans les propos de l'auteur.
- p.151, poésie de Charles Péguy : [c'est un mort qui s'exprime] "... parlez-moi comme vous l'avez toujours fait... priez pour moi".

Il s'agit donc clairement d'un livre de témoignage et non de doctrine, mais il est en cela un piège car il est truffé de subjectivisme et rempli d'expériences non basées sur la Parole de Dieu. C'est une promotion très claire de l'oecuménisme et d'une forme de mysticisme. Il est inconcevable que la LLB ait diffusé ce livre et le promeuve encore à ce jour.